Cameroun–Suisse Article 6.2 : Le premier accord carbone bilatéral du pays entre en phase opérationnelle
Le Cameroun et la Suisse ont signé un accord Article 6.2 permettant le transfert de crédits carbone volontaires pour les engagements climatiques suisses — le premier accord bilatéral de ce type pour le Cameroun, et un signal fort pour les développeurs de projets dans le pays.
Le Cameroun a conclu avec la Suisse l'un des premiers accords de coopération Article 6.2 du continent africain, ouvrant la voie à des transferts internationaux de résultats d'atténuation (ITMO) depuis le territoire camerounais vers la Suisse, qui s'en servira pour compléter son propre objectif national déterminé (NDC) au titre de l'Accord de Paris.
Ce que prévoit l'accord
L'accord bilatéral autorise des projets éligibles au Cameroun — principalement dans les secteurs des énergies renouvelables, de l'efficacité énergétique et de la foresterie REDD+ — à générer des crédits carbone transférables vers la Suisse. En échange de ces transferts, la Suisse s'engage à des paiements pour résultats et à un soutien technique à travers l'Agence suisse pour le développement et la coopération (DDC).
Concrètement, chaque crédit transféré donne lieu à une correspondance d'ajustement : le Cameroun soustrait le volume transféré de son propre bilan climatique national (pour éviter le double comptage) et reçoit une contrepartie financière. C'est ce mécanisme de correspondance, inscrit dans les règles du livre des règles de Glasgow (décision 2/CMA.3), qui distingue les transactions Article 6.2 des simples crédits volontaires.
Signification pour les développeurs de projets
L'existence d'un accord Article 6.2 signé est une condition préalable — mais pas suffisante — pour qu'un projet camerounais puisse prétendre à des crédits éligibles aux transferts bilatéraux. Les développeurs devront obtenir une lettre d'approbation (LoA) du gouvernement camerounais (via le Ministère de l'Environnement, MINEPDED) confirmant que le projet est conforme à la NDC nationale et que les volumes transférés bénéficieront d'un ajustement.
Pour les projets REDD+ déjà en cours au Cameroun — notamment dans les forêts du bassin du Congo, qui représentent environ 22 millions d'hectares de forêt tropicale dense — cela ouvre une voie vers une valorisation plus élevée des crédits. Les crédits Article 6.2 avec correspondance d'ajustement commandent généralement une prime de 20 à 50 % par rapport aux crédits volontaires standards sur des marchés comme celui de Corsia.
Contexte politique national
Le Cameroun a adopté en 2021 une politique nationale de réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation (REDD+) avec le soutien du Fonds pour l'environnement mondial (FEM). Le pays développe également une Stratégie nationale bas-carbone dans le cadre de son Plan de développement stratégique à l'horizon 2035. L'accord avec la Suisse s'inscrit dans cette trajectoire : il transforme progressivement le Cameroun d'un pays hôte de projets volontaires en un partenaire actif du marché carbone international réglementé.
Pour les investisseurs et développeurs de projets, la fenêtre d'opportunité se précise : un cadre Article 6.2 en place, une forêt tropicale parmi les plus vastes d'Afrique centrale, et un gouvernement qui cherche activement des partenaires pour valoriser ses actifs naturels.
Liens connexes : RDC : La Création du Registre National Lumière Carbone | REDD+ transfrontalier : L'évolution des projets carbone africains
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