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REDD+ Transfrontalier : L'Évolution des Projets Carbone Africains

Quand une forêt s'étend sur trois pays, à quel État appartient le crédit carbone ? La question des projets REDD+ transfrontaliers au Bassin du Congo n'est pas théorique — elle est au cœur des négociations en cours.

La forêt du Dja, au Cameroun, borde la Sangha en République du Congo et la forêt de Dzanga-Ndoki en République Centrafricaine. Les éléphants de forêt ne connaissent pas les frontières. Les flux de déforestation non plus. Pourtant, les mécanismes REDD+ ont été conçus dans une logique nationale — chaque pays soumet sa stratégie, ses données de référence, son registre. La réalité des paysages forestiers transfrontaliers crée une tension fondamentale avec cette architecture, et le Bassin du Congo en est l'illustration la plus criante.

Le problème des fuites transfrontalières

Dans le jargon REDD+, une "fuite" (leakage) se produit quand la protection d'une zone forestière dans un pays déplace la pression de déforestation vers une zone non protégée dans un pays voisin. Si un projet au Cameroun protège efficacement une forêt de la coupe illégale, mais que les bûcherons se déplacent simplement au Congo-Brazzaville de l'autre côté de la frontière, le bénéfice carbone net pour la planète est nul — voire négatif si la zone voisine était plus riche en carbone.

La méthodologie Verra VM0015, la plus utilisée pour les projets REDD+ d'Afrique centrale, exige que les développeurs estiment et comptabilisent les fuites dans leurs calculs de réductions d'émissions. Mais estimer les fuites transfrontalières requiert des données sur les pressions de déforestation dans les pays voisins — des données que les développeurs privés n'ont généralement pas accès à directement. C'est là qu'intervient la coordination régionale.

Le modèle du Trinational de la Sangha

Le Trinational de la Sangha (TNS), patrimoine mondial de l'UNESCO à la jonction du Cameroun, de la République Centrafricaine et de la République du Congo, est l'exemple le plus avancé de gestion transfrontalière d'un écosystème forestier en Afrique centrale. Avec 7,5 millions d'hectares de forêts tropicales quasi intactes, il abrite l'une des plus grandes populations d'éléphants de forêt du continent et une concentration exceptionnelle de grands primates.

La gestion conjointe du TNS, coordonnée par la COMIFAC avec le soutien de l'UICN et de WWF, a créé un cadre institutionnel qui permet de partager les données de déforestation, d'harmoniser les règles de protection et de coordonner les missions de surveillance entre les gardes forestiers des trois pays. C'est exactement le type d'infrastructure de gouvernance dont les projets REDD+ transfrontaliers ont besoin.

Les défis de la comptabilité carbone multi-pays

Un projet carbone qui s'étend sur deux pays pose des questions comptables non triviales. Quel pays reçoit les crédits carbone ? Si les deux, dans quelle proportion ? Comment les ajustements correspondants de l'Article 6 sont-ils répartis ? Quel registre national héberge les crédits — ou faut-il un registre régional ?

Ces questions n'ont pas encore de réponses standard dans les règles REDD+ actuelles. Verra a publié en 2023 des orientations sur les projets jurisdictionnels (JNR — Jurisdictional and Nested REDD+) qui permettent d'emboîter des projets privés dans des cadres nationaux plus larges. Mais le cadre JNR transfrontalier — c'est-à-dire qui enjambe une frontière nationale — reste un territoire inexploré en termes de méthodologie.

Les initiatives en cours

Plusieurs développements récents pourraient faire avancer la question. Premièrement, l'initiative CAFI (Central African Forest Initiative), financée notamment par la Norvège, l'Union Européenne et le Royaume-Uni, finance des programmes nationaux REDD+ dans plusieurs pays membres de la COMIFAC. Des discussions sont en cours pour harmoniser les données de référence entre pays CAFI, ce qui faciliterait les calculs de fuites transfrontalières.

Deuxièmement, le Programme Z3D (Zéro Déforestation et Dégradation pour le Développement), signé entre la France et la RDC en juillet 2026 dans le cadre des engagements de Belém, prévoit des mécanismes de coordination avec les pays voisins du Bassin du Congo — une architecture qui pourrait servir de modèle pour d'autres accords bilatéraux ou multilatéraux de finance carbone à l'échelle du paysage.

Troisièmement, le travail en cours de l'Article 6.4 Supervisory Body sur les méthodologies paysagères (landscape methodologies) pourrait à terme créer un cadre standardisé pour les projets s'étendant sur plusieurs juridictions — une innovation réglementaire très attendue par les développeurs travaillant dans le Bassin du Congo.

La position du Cameroun

Le Cameroun occupe une position stratégique dans ce débat. Pays membre de la COMIFAC dont le Secrétariat est basé à Yaoundé, il partage des frontières forestières avec cinq autres pays du Bassin du Congo. Sa stratégie nationale REDD+ reconnaît explicitement les enjeux transfrontaliers et identifie le TNS comme une zone prioritaire pour une approche de gestion coordonnée.

Pour les investisseurs qui envisagent des projets dans les zones forestières frontalières camerounaises, il est crucial de vérifier que le PDD du projet tient compte des pressions de déforestation transfrontalières dans son scénario de référence, et que les estimations de fuites sont documentées et conservatrices. Un projet qui ignore les dynamiques de déforestation dans les zones frontalières voisines prend un risque d'intégrité carbone significatif lors des vérifications futures.

La résolution des questions de comptabilité transfrontalière n'est pas pour demain. Mais les paysages forestiers, eux, n'attendent pas.

Collaborer avec Green Earth Group au Cameroun

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