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COP30 à Belém et les Forêts du Bassin du Congo : Ce qui a Changé pour les Marchés Carbone

La COP30 à Belém, Brésil, a produit des engagements historiques pour les forêts tropicales du monde. Pour le Cameroun et le Bassin du Congo, les décisions de Belém ouvrent des voies nouvelles — et créent de nouvelles attentes des acheteurs institutionnels.

La COP30 à Belém, au cœur de l'Amazonie brésilienne, n'était pas seulement symbolique. L'hôte brésilien a intentionnellement structuré une conférence climatique autour de la question forestière — et le Bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète, y a tenu une place centrale. Les engagements pris à Belém ont des implications directes et immédiates pour les développeurs de projets carbone et les investisseurs qui opèrent dans les forêts camerounaises.

L'Appel de Belém pour les Forêts

L'engagement le plus structurant sorti de Belém est l'Appel de Belém pour les Forêts Tropicales — une déclaration politique signée par plus de 80 pays s'engageant à mettre fin à la déforestation et à la dégradation des forêts tropicales d'ici 2030. Contrairement à l'engagement de Glasgow de 2021, l'Appel de Belém est accompagné de mécanismes de financement concrets, notamment un engagement collectif de 20 milliards de dollars de financements additionnels pour les pays forestiers tropicaux sur la période 2025-2030.

Pour le Cameroun, signataire de l'Appel, cet engagement s'est concrétisé par des annonces bilatérales. La France a formalisé le programme Z3D (Zéro Déforestation et Dégradation pour le Développement) avec la RDC, avec une architecture qui prévoit l'extension possible à d'autres pays du Bassin du Congo dont le Cameroun. L'Allemagne, via KfW, a annoncé un doublement de ses engagements dans l'initiative CAFI (Central African Forest Initiative) pour la période 2025-2030. Ces financements publics créent une architecture de financement de la conservation qui réduit le risque souverain pour les projets carbone privés dans la région.

Les Décisions Clés sur l'Article 6

Belém a également produit des avancées significatives sur l'Article 6, le mécanisme de marché carbone de l'Accord de Paris. Plusieurs décisions techniques ont été adoptées par le Supervisory Body de l'Article 6.4 :

La méthodologie pour l'électricité renouvelable connectée au réseau a été adoptée, permettant aux projets solaires et éoliens en Afrique centrale de générer des crédits PACM sous l'Article 6.4 — une voie additionnelle qui complète les projets forestiers dans le portefeuille d'actifs carbone camerounais.

Les règles sur les ajustements correspondants (CA) ont été précisées, réduisant l'incertitude qui pesait sur les transactions Article 6.2 bilatérales comme l'accord Cameroun-Suisse. Les développeurs opérant sous cet accord disposent maintenant d'une plus grande clarté réglementaire pour structurer leurs pipelines de crédits.

Le Signal de la CAFI et des Financeurs Multilatéraux

L'un des résultats les moins visibles mais les plus structurants de Belém est le renforcement du mandat de la CAFI. L'initiative, financée par la Norvège, l'Union Européenne, le Royaume-Uni et l'Allemagne, gère des fonds de conservation à grande échelle au Cameroun, en RDC, en République du Congo et en République Centrafricaine. À Belém, les donateurs ont formalisé un engagement de 1,5 milliard de dollars supplémentaires pour la période 2025-2030, dont une part significative est fléchée vers des programmes de financement des résultats REDD+ — des paiements directs aux gouvernements pour les réductions de déforestation mesurées.

Pour les développeurs de projets privés, cette injection de capitaux publics a un effet double : elle renforce les institutions nationales de gouvernance forestière (MINEPDED, registre carbone national) et elle signale aux acheteurs institutionnels privés que le risque souverain au Cameroun est couvert par un filet de sécurité multilatéral, réduisant la prime de risque exigée sur les crédits camerounais.

Les Nouvelles Attentes des Acheteurs

Belém a également accéléré l'adoption du cadre TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures) par les grandes institutions financières mondiales. Plusieurs banques et gestionnaires d'actifs ayant signé des engagements TNFD à Belém ont annoncé qu'ils intégreraient la biodiversité — et pas seulement le carbone — dans leurs critères d'achat de crédits à partir de 2027. Pour les projets camerounais qui combinent VCS et CCB (certification qui intègre explicitement la biodiversité), cette évolution des critères d'achat est une opportunité directe : leurs crédits seront qualifiés pour répondre aux obligations TNFD des grandes institutions, là où les crédits VCS-seuls ne le seront pas.

L'Impact sur le Pipeline Camerounais

Pour les développeurs de projets et investisseurs opérant au Cameroun, les conclusions de Belém se traduisent par cinq implications pratiques. Premièrement, le financement public additionnel réduit le risque politique sur la prochaine décennie : il est difficile d'imaginer un retournement de politique forestière dans un pays qui bénéficie de 1,5 milliard de dollars d'engagements CAFI et d'un programme Z3D bilatéral avec la France. Deuxièmement, la clarification des règles Article 6 accélère le calendrier des premières transactions ITMO pour le Cameroun. Troisièmement, la croissance des acheteurs TNFD crée une prime additionnelle pour les crédits VCS+CCB. Quatrièmement, les engagements de financeurs comme KfW et AFD peuvent co-financer les composantes sociales des projets, réduisant les coûts pour les développeurs privés. Cinquièmement, le signal politique de Belém renforce la légitimité narrative des crédits camerounais auprès des conseils d'administration et des comités RSE des grandes entreprises acheteuses — un facteur sous-estimé mais réel dans les décisions d'achat institutionnelles.

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