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L'Article 6 en Afrique Centrale: Où se Situe le Cameroun?

Le Cameroun, le Kenya et l'Ouganda développent tous des cadres Article 6 — mais leurs approches diffèrent. Ce que les acheteurs et vendeurs de crédits carbone doivent savoir.

L'Article 6 de l'Accord de Paris crée un cadre juridique permettant aux pays de commercialiser des réductions d'émissions au-delà des frontières — un mécanisme qui transforme profondément la valeur des crédits carbone issus des forêts d'Afrique centrale. Pour le Cameroun, dont les forêts du Bassin du Congo couvrent plus de 22 millions d'hectares, l'Article 6 représente une opportunité économique considérable — et un défi de gouvernance que le pays est en train de relever.

Le Cameroun dans le Cadre de l'Article 6

Le gouvernement camerounais a ancré sa stratégie Article 6 dans sa politique nationale REDD+ et dans son rôle au sein du Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo. Le Ministère de l'Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED) est l'autorité nationale désignée pour valider et autoriser les projets éligibles. Des négociations bilatérales sont en cours avec la France et plusieurs acheteurs institutionnels européens dans le cadre de l'Article 6.2. Le Registre National Carbone du Cameroun constitue l'ossature administrative des futures transactions ITMO.

Une décision importante est venue du Comité de Supervision de l'Article 6.4 en juillet 2026 : l'adoption d'une nouvelle méthodologie pour l'électricité renouvelable connectée au réseau — éolien et solaire peuvent désormais générer des crédits PACM, la restriction antérieure aux petits États insulaires et pays les moins avancés ayant été levée. C'est une bonne nouvelle pour les pays du Bassin du Congo qui ont des projets d'énergie renouvelable en développement. En revanche, la méthodologie pour les foyers améliorés a été renvoyée pour révision — une déception pour les développeurs de ce secteur au Cameroun et en Afrique de l'Ouest.

En juillet 2026, la RDC a établi formellement le Registre National du Carbone Lumière et une Autorité de Régulation du Marché Carbone — un cadre légal complet pour la participation aux Articles 6.2 et 6.4. Cependant, une ONG locale (GTCRR) a appelé à suspendre le processus législatif, avertissant que la loi actuelle risque de fragmenter la gouvernance et de réduire la confiance des investisseurs. La RDC cible novembre 2026 pour publier son Rapport Biennal de Transparence (BTR), indispensable pour que les crédits carbone du pays accèdent aux marchés Corsia. La France et la RDC ont également signé un mémorandum d'accord pour lancer le programme Z3D (Zéro Déforestation et Dégradation pour le Développement), financé par l'Agence Française de Développement dans le cadre des engagements de Belém pour les forêts du Bassin du Congo.

Kenya et Ouganda: Le Contexte Régional

Le Kenya est actuellement le leader régional en matière d'Article 6. Son accord bilatéral avec la Suisse — l'un des premiers accords opérationnels Article 6.2 au monde — et un accord similaire avec la Suède, donnent au Kenya une longueur d'avance considérable. Le projet de loi kényan sur les marchés carbone renforce encore cette position. Pour les acheteurs, les crédits kényans peuvent déjà être autorisés aujourd'hui dans le cadre de l'Article 6.

L'Ouganda dispose d'un pipeline de projets remarquable — notamment la Forêt Impénétrable de Bwindi et les zones humides du Rift Albertin — mais n'a pas encore signé d'accords ITMO. À titre de comparaison, le Nigéria a finalisé son cadre carbone Article 6 complet fin 2025, avec au moins trois projets de foyers améliorés tagués Corsia désormais opérationnels — une référence régionale que le Cameroun et l'Ouganda cherchent à atteindre.

La Leçon du Bhoutan: Bien Calibrer la Taxe d'Ajustement Correspondant

Un enseignement crucial venu d'ailleurs : lors d'un récent forum d'investissement climatique, le Bhoutan a présenté 36 projets Article 6 totalisant 5,08 millions de tCO2e par an, mais les développeurs ont fermement rejeté la fourchette de frais d'ajustement correspondant (CA fee) proposée par le Bhoutan de 5 à 25 dollars par tonne, arguant qu'elle rendait les projets non rentables. Le Bhoutan a reconnu qu'il pourrait devoir revoir sa copie. Le Cameroun fait face à la même tension : fixer un CA fee trop élevé risque de décourager les développeurs ; trop bas, et le pays cède de la valeur carbone nationale. C'est le paramètre politique le plus critique à calibrer.

La Confiance Institutionnelle Progresse

Un signal fort : la société de courtage en assurance carbone Kita a reçu un investissement du Groupe Tokio Marine (Japon) à mi-2026. Kita a explicitement cité "plusieurs pays africains ayant renforcé leurs cadres de crédits carbone au cours des 12 derniers mois" comme déclencheur — la firme assure désormais le risque politique pour les transactions Article 6 et Corsia en Afrique. Quand les grands assureurs japonais commencent à tarifer le risque carbone africain, c'est le signe d'un vrai tournant pour la crédibilité institutionnelle de la région.

L'Avantage Compétitif du Cameroun

Malgré son avancement plus tardif sur l'Article 6, le Cameroun dispose d'atouts uniques. La taille de sa couverture forestière lui confère un potentiel de génération de crédits nettement supérieur à celui du Kenya ou de l'Ouganda à l'échelle. Les projets combinant certification VCS et CCB commandent des primes de 20 à 40% sur le marché. Pour les acheteurs institutionnels qui planifient des achats de gros volumes sur le long terme, les partenariats négociés maintenant offrent des conditions avantageuses que le marché ne proposera plus une fois les ITMO disponibles.

À lire également: Pour le point de vue kényan, visitez co2.ke. Pour la perspective ougandaise, visitez co2.ug.

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